dimanche 30 juillet 2017

Quinze jours sur la lune



Battue, mais non peignée du vent, car sans le moindre cheveu, rien de vert qui émerveille, d’illusoire oasis, ratissée par la constante soufflerie de la machine à air, un simple caillou sorti des eaux.


La résistance aux vagues produit un peu d’écume, et transforme leur ondulation.

Où qu’on aille vers le haut ou le bas, le nord ou le sud, le même désert de déchets volcaniques qui décourage jusqu’aux espèces les plus endurcies : cactus et agaves y font preuve d’audace, et de trop rares espèces endémiques. 



Y marcher ? au moins que le dessin ciselé du rivage occupe un peu l’œil, ou tous ces cailloux l’ennuieront.




Mais la traversée de long en large de ce grand caillou assèche à ce point le regard qui ne voit plus que reliefs et éboulements grisâtres où se poser. L’uniformité en vient à annuler la curiosité.




Posés sur le sable gris, au milieu des gravas d’un vomissement terrestre qui la fit naître, sous l’alizée infatigable, réduits à l’expérience élémentaire des champs de pierre sous la lune, cratères au vent, sans arbres. Une fragmentation poursuivie jusqu’au sable. Effritement sous le coup de l’air, du sel.




jeudi 29 juin 2017

D'Argentine





Un rameur a baissé les bras et laisse tremper ses avirons dans l’eau plate de la Darsena. Les anciens docks du port ont été réhabilités en promenade, assortie d’habitations de prestige, de terrasses de restaurants. Plus loin s’étend le port dont on ne perçoit que les éminences, les grues et les phares. Des arbres d’un parc séparent les promeneurs de la vue du fleuve et de la mer. Le dimanche, des coureurs décrassent leurs articulations. D’autres promènent des chiens.

L’impression de désorientation est complète. Une ville européenne, parfaitement géométrique, fichée en ces terres lointaines. La fausse familiarité de ces trottoirs fréquentés, qui donnent l’impression du centre ville, de la city où l’on se presse. Alors que peut être on ne se met ensemble en ces rues passantes que pour résister à l’immensité des espaces qui nous entourent et constituer une sorte de forteresse humaine, impuissante cependant contre la mélancolie qui terrasse les piétons.

Et cette ville si familière, aux dimensions parfois titanesques de Champs-Elysées démultipliés, a bien des airs de Paris, ou de ville de province tirée de la IIIe République, ou de Bucarest, pour démesure qui parfois l’a emportée, ou de plusieurs endroits où l’on a pu passer dans une autre vie, mais dont la familiarité est trompeuse. Des troncs tortueux d’arbres américains sans âge viennent le rappeler dans les parcs. 


Le pays dont la consonance indique les rêves qu’il portait pour les premiers arrivants a-t-il pu se muer en patrie véritable ? Malgré la succession de régimes martiaux et de rodomontades, de journées du drapeau et de passion très latine pour la nation, il n’est pas certain que cela ait vraiment pris. On est venu, il y a bien longtemps, et parfois l’on doit aussi repartir, tant ingrate est par moment cette terre lointaine. On se sent isolé et comme abandonné des grandes routes qui parcourent le monde. Et de cet oubli sourd une tristesse de fond qui saisit le visiteur.
Les crises successives après les espoirs de redressement et la fierté de compter soudain font que parfois l’on baisse les bras et qu’on renonce à tracter ces avirons sisyphéens.



« J‘ai trouvé quelque chose d’inattendu. » Dire adieu à Carlo Ginzburg

  Dire adieu à Carlo sur une image de gaité et de bonne humeur issue de la semaine qui lui fut consacrée au château de Cerisy-La-Salle en ...