Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du avril, 2020

PAUL CELAN, CINQUANTE ANS APRÈS: CORONA

P. Celan, cc Corona L’automne me mange sa feuille dans la main : nous sommes amis, Nous épluchons le temps des noix et lui apprenons à partir : Le temps retourne dans la coque. Au miroir c’est dimanche, Dans le rêve on dort, La bouche dit vrai. Mon œil descend au sexe de la bien aimée : Nous nous regardons, Nous nous disons l’obscur, Nous nous aimons comme le pavot et la mémoire, Nous dormons comme le vin dans les conques, Comme la mer dans le rayon sanglant de la lune. Nous nous tenons enlacés à la fenêtre, ils nous voient de la rue : Il est temps qu’on le sache ! Il est temps que la pierre se mette à fleurir, Que l’inquiétude batte un cœur. Il est temps qu’il soit temps. Il est temps. Paul Celan, GW I, 37. (traduction DT)

La Peste et le Corona (fin)

Non moins que l’envahissement sournois de l’épidémie qui suscite d’abord une incrédulité générale, le sujet du roman de Camus est la sortie de cet état d’auto-contrainte, de crise et de remise en question général que matérialise l’enfermement. Est-ce que tout doit reprendre son cours « comme avant » ? Ou bien n’est-ce pas la possibilité de se reprendre et d’intervenir précisément sur le cours des choses et de l’organisation de la vie humaine qui se présente ici ? Ces questions sont au centre du roman paru en 1947. Que faire de la Résistance et de la victoire ? comment garder l’expérience d’un autre regard (moins égoïste ?) que les circonstances ont rendu possible, permettant à des aspects négligés en temps de paix, où chacun suit son quant-à-soi, de se déployer ? Ce sont les questions du journaliste de Combat , ce sont les inquiétudes du Résistant [1] . C’est qu’une fois la guerre passée, une fois le danger écarté, chacun n’a rien de plus pressé ...

La Peste et le Corona III

Graphique du covid19, Daily deaths from Covid-19 in the world and top 5    (CC) « C’est un bon, c’est un excellent graphique » commenta le docteur Richard : le « graphique des progrès de la peste » montrait enfin un « long plateau » après avoir affolé les esprits « avec sa montée incessante ». « Désormais, elle ne pourrait que décroître. » (1412). On commençait de se rassurer et peut-être de se réjouir un peu « lorsque le docteur Richard fut enlevé par la peste, lui aussi, et précisément sur le palier de la maladie. » La chose avait été si rapide qu’il n’avait même pas fallu changer de paragraphe. De fait, avant de nous proposer le retournement de la catastrophe, Camus, au quatrième acte de sa tragédie, en nourrit la péripétie. Dans le temps flottant de la diffusion épidémique, des arrêts, plateaux ou paliers, suivis de rechutes ou de rehausse, selon la perspective graphique adoptée, maintiennent la ten...