Quand il meurt le 26 septembre 1918, Georg Simmel a soixante ans et la guerre n'est pas encore terminée. Il vit depuis quatre ans à Strasbourg, son premier poste, qu'il rejoint à la veille du déclenchement de la guerre. Il sera aux premières loges. Il s'installe - comme tous les professeurs de cette magnifique Université, véritable fleuron du Reich - dans le quartier universitaire, face au jardin botanique, rue de l'observatoire. Pour un observateur de la société qui l'entourait, c'était assurément la meilleure adresse. Rue plaisante, calme, protégée de son sens interdit, qui marque la contradiction qui semble avoir accompagné sa vie comme sa pensée. La calamité réservait des heureuses surprises, mais les joies étaient entachées de deuil. 1918: on voulut oublier la guerre, on ensevelit aussi son oeuvre. Le penseur de son temps, de cette modernité envahissant si rapidement tous les terrains de l'existence qui fut expérimentée autour de 1900 ...