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Articles

Affichage des articles du 2016

La question saussurienne: une question homérique pour les sciences humaines ?

Sept villes se disputaient dans l’antiquité la fierté d’avoir été la patrie d’Homère. On sait bien Saussure est de Genève. Mais n’est-il pas aussi un peu de Leipzig ou de Berlin ? un peu beaucoup de Paris ? voire de Rome ? Ou d’Alger, qui lui consacre cette année aussi un grand colloque ? C’est la première querelle homérique de Saussure, qui ouvre sur la seconde, bien plus décisive. Il y a des auteurs qui deviennent célèbres pour un livre qu’ils n’ont pas écrit, ou pas publiés eux-mêmes, et c’est sur ce paradoxe de l’histoire des sciences humaines et sociales que Jürgen Trabant nous invite à réfléchir à partir du cas de Saussure. Nous savons maintenant que le Cours qui a été le texte de référence – disons-le la Bible – du structuralisme n’était pas de Saussure mais de ses disciples (et non auditeurs) Charles Bally et Albert Sechehaye. Et nous savons qu’il ne reflète pas toute la pensée de Saussure, mais qu’il la contredit parfois. Il est une dogmatisa...

Rue Humboldt

Rue Humboldt En 1925, le 18 juin très exactement, peu d’années après la fin de la Grande guerre, la rue Alexandre-de-Humboldt, sise à proximité de l’Observatoire de Paris, fut débaptisée. Elle réunissait une des plus anciennes rues de Paris, la rue Saint-Jacques, à celle de la Santé, longeant la prison du même nom. Elle s’appelle désormais la rue Jean Dolent, critique d’art (1835-1909) dont il n’est nullement ici question de vouloir diminuer les mérites. Impasse Longue-Avoine (de la rue de Humboldt). Paris (XIVème arr.), vers 1865. Photographie de Charles Marville (1813-1879). Bibliothèque administrative de la Ville de Paris. © Charles Marville / BHdV / Roger-Viollet Alexandre de Humboldt (1769-1859) a été une des grands savants allemands du XIXe siècle, un immense voyageur et découvreur. Il parti jusqu'à Cuba, visita Car thagène, Lima, fit l'ascension du Chimborazo, parcouru le Mexique et l'A...

Effets de la diversité des langues sur la recherche, la communication et l’enseignement des idées

La réflexion devrait se porter concrètement sur le gain cognitif de la pratique de plusieurs langues. S’agit-il vraiment d’un élargissement de ma capacité à penser, comme le suggérait Humboldt ? Les SHS tendent par un pôle à la formalisation par ambition de souligner leur universalité et le caractère contrôlable de leurs procédés, mais demeurent par un autre pôle irrémédiablement liées aux langues naturelles. L’inventivité est pour partie liée à celles-ci. Les poètes sont ainsi tous (il est à peine d’exceptions) des traducteurs : c’est que leur investissement créatif de la langue passe par la confrontation à d’autres langues. Dans quelle mesure peut-il, voire doit-il en aller de même pour la rechercher en SHS ? Qu’apporterait pour l’enseignement la confrontation soutenue à plusieurs langues ? 1) au plan des contenus, l’étudiant doit-il être assigné à un état fini de traductions ? (limitation objective de son horizon) 2) au plan des concepts, peut-il compe...